Dès 1954, Bad Kohlgrub possède son télésiège, le Hörnlebahn.
Photo: Roman Gric
L’été à la montagne Nouveaux téléphériques

DES TÉLÉPHÉRIQUES SORTANT DE L’ORDINAIRE

Hörnlebahn – le dernier télésiège biplace à sièges pivotants

Bad Kohlgrub, en Haute-Bavière, possède depuis 1954 le seul télésiège biplace fixe à sièges pivotants encore en service.

Créée par Roman Gric/Josef Nejez

Le village de Bad Kohlgrub, dans les Alpes d’Ammergau en Haute-Bavière, à environ 80 km au Sud de Munich, est connu pour être la plus élevée des stations allemandes proposant des cures de bains de boue. Le Hörnle qui l’encadre de ses cimes allant jusqu’à 1548 m d’altitude est depuis des dizaines d’années un domaine de ski et de randonnée très fréquenté.

A l’époque de l’essor économique des années 1950, la commune de Bad Kohlgrub commença comme tant d’autres à miser sur le tourisme. En installant un téléphérique sur le Hörnle elle comptait attirer bien sûr les skieurs mais aussi les curistes dont la plupart n’étaient pas suffisamment en forme pour monter à pied. C’est ainsi qu’au fil de consultations entre les habitants, la commune et l’Office du tourisme, prit forme le projet de construction d’une remontée mécanique donnant accès au Hörnle.

Un curieux télésiège

Après tout juste huit mois de travaux, le télésiège biplace allait être mis en service le 1er avril 1954. La réalisation de ce projet était le fruit de la coopération de plusieurs entreprises ; c’est toutefois la société Schwebelift- und Transportbahn Baugesellschaft (STB) de Munich qui était officiellement désignée comme maître de l’ouvrage. Ce télésiège plutôt classique à première vue possède cependant une particularité : il est équipé de sièges pivotants système Karl Ringer.

Ce système qui a pour but d’éviter qu’à l’arrivée les passagers soient plus ou moins obligés de « se sauver » devant le siège qui continue sa course, devait offrir aux personnes les moins agiles le confort d’un débarquement en toute sécurité. 

Photo: Roman Gric
Le Hörnlebahn avec Bad Kohlgrub à l’arrière-plan
Photo: Roman Gric

Voici comment ceci fonctionne : l’assise du siège biplace consiste en deux parties dont chacune est fixée côté extérieur, près de son rebord avant, sous forme de console pivotant autour d’un axe solidaire du châssis du siège. La suspension est conçue pour permettre un pivotement arrière de 90° vers l’extérieur par rapport à la position normale. Le châssis a la forme d’un U inversé ; au niveau de la suspension du siège les extrémités du châssis sont légèrement orientées vers l’extérieur de manière à ce que le poids des demi-assises, avec ou sans passagers, maintienne les sièges en position normale. Pour quitter le siège, les passagers doivent simplement glisser légèrement vers l’avant, se lever en arrivant sur les marques et tout simplement rester debout. Sous l’effet de la résistance des passagers debout, les sièges délestés sont poussés vers l’arrière en pivotant de 90° et passent en douceur à côté d’eux. On fera toutefois remarquer que, normalement, deux préposés se trouvent sur l’aire de débarquement pour saisir les sièges par le dossier et les tourner, afin qu’ils poursuivent leur course sans toucher les passagers. Vu que la cadence de présentation des sièges est relativement lente (18 sec. en hiver, 20 sec. en été), les passagers peuvent débarquer sans précipitation. La série de photos ci-contre (extraites d’une vidéo) illustre le processus de débarquement.

L’embarquement s’effectue comme sur tous les autres télésièges à pinces fixes. Les sièges sont équipés de garde-corps mais pas de repose-pieds.

Une fin précoce

Ce système développé par Karl Ringer, ingénieur d’origine allemande émigré en Amérique, a été utilisé en Amérique sur sept télésièges entre 1951 et 1953. En Allemagne, il avait été utilisé sur le Hörnlebahn –comme nous l’avons décrit ci-dessus – ainsi que sur le Hochalpbahn à Pfronten, installation qui fut toutefois remplacée en 2004 par un télésiège 4 places de Leitner. Ringer devait concéder la licence de fabrication de son « Swivel Chair » au fabricant suisse Bell dans l’espoir de voir ce système se répandre aussi en Europe. Mais il fut bientôt clair que la véritable raison de l’acquisition des droits était au contraire de faire disparaître ce produit du marché. Plus aucun télésiège n’a été équipé de ces sièges pivotants après 1953.

L’habitude est plus forte que le bon sens

Lorsque les passagers se conforment aux instructions des panneaux placés à l’approche de l’aire débarquement et écoutent les instructions du personnel, ils peuvent débarquer en toute commodité au lieu de se sauver pour éviter le siège qui arriverait normalement derrière eux. Malheureusement presque tous les passagers ont un réflexe de fuite tandis que le siège poursuit sa course, ce qui risque paradoxalement d’entraîner une collision avec le siège ouvert latéralement. Ceci oblige le préposé à attirer l’attention de chaque passager sur ce mode de débarquement spécial et à les aider à débarquer. Il s’agit donc d’un système requérant un supplément de personnel et c’est sans doute là une des raisons pour lesquelles l’utilisation du siège pivotant ne s’est pas généralisée.

Un chef d’exploitation plein d’imagination : Otto Brda

En 1958 Otto Brda, alors chef d’exploitation du Hörnlebahn développa en collaboration avec Eduard Schlichting un système d’évacuation et de descendeur spécifique pour ce type d’installation. C’était le premier système de ce genre fonctionnant selon le principe d’un galet bloqueur avec flasque pivotante. La société Rettungsgeräte Brda de Bad Kohlgrub, dont l’activité sera reprise plus tard par Rollgliss GmbH à Murnau, produisait ce système également pour d’autres installations. Après expiration des droits acquis par Otto Brda avec son brevet, on vit se développer divers autres systèmes d’évacuation et descendeurs fonctionnant selon ce même principe ou un principe analogue.

Domaine de randonnée, Zeitberg et un petit domaine skiable

Le Hörnle est aujourd’hui un but de randonnée particulièrement attrayant grâce à ses beaux points de vue et propose aux amateurs de sports de montagne sa coupe de Nordic Walking en altitude pendant l’été et des pistes de ski et de luge en hiver. Mais dès les années 1960 ses installations n’arrivaient plus à absorber l’assaut des amateurs de sports d’hiver. Ce qui amena à installer, en 1967, le Stockhang-Lift (construit par Leitner) et, en 1973, le Tannenbankler-Lift  (construit par Doppelmayr). Quatre aires de repos avec tableaux d’information sur la nature dans les Alpes d’Ammergau furent par la suite aménagées sur les trois cimes du Hörnle. Grâce à sa proximité de Munich et d’Augsbourg – tout juste une heure de route –, le Hörnle est un des lieux d’excursion privilégiés pour les habitants de ces deux villes.

Réhabilitation ou construction d’une nouvelle installation ?

Le Hörnlebahn est à la fois la seule installation à sièges pivotants et le plus ancien télésiège de Bavière. On discute déjà depuis plusieurs années les options concernant sa conservation ou son remplacement. Un bureau d’études a été chargé de la conception d’un Masterplan pour la région du Hörnle. Ce projet prévoit la réalisation d’une télécabine 10 places, l’agrandissement du parking sur deux étages, ainsi que de nouvelles possibilités de restauration. Le coût de ces aménagements est estimé à 20 millions d’euros. Après de longues discussions, le conseil municipal a été amené à conclure que l’on avait vu trop grand ; il estime que les investissements devront être réduits de 30%.  

Il a en même temps chargé (en passant par l’exploitant) la Schwebebahn GmbH & Co KG – société dépendante de la municipalité de Bad Kohlgrub et spécialisée dans la réhabilitation des installations de transport à câbles – d’étudier dans quelle mesure il serait possible de reconditionner l’ancien télésiège pour pouvoir continuer à l’utiliser à l’avenir. Les habitants de Bad Kohlgrub et les propriétaires des terrains ne souhaitent pas développer le tourisme et voudraient simplement conserver ce télésiège unique en son genre. Il s’agit d’une installation qui s’inscrit dans l’histoire des transports à câbles et dont l’infrastructure est en harmonie avec les besoins de la nature et de la population du lieu.

Pour le moment, on attend les résultats de ces études pour pouvoir discuter de ce qui est réalisable en termes de budget. La réhabilitation et la modernisation des installations de transport à câbles vétustes fait l’objet de la directive du ministère bavarois de l’économie, de l’infrastructure, des transports et de la technologie concernant la promotion des téléphériques et installations annexes dans les petits domaines skiables (Richtlinie zur Förderung von Seilbahnen und Nebenanlagen in kleinen Skigebieten). Sur la base de cette directive, un projet écologique et innovant pour la réhabilitation de ce télésiège aurait certainement beaucoup de chances d’obtenir une subvention de l’Etat de Bavière et de permettre à ce télésiège unique en son genre de continuer à être utilisé.

Néanmoins, quel que soit l’enthousiasme dont font l’objet les installations historiques, il convient de ne pas oublier que le principe de ce télésiège ne répond plus aux exigences de sécurité actuelles. Ainsi, un passager voyageant seul pourrait pendant le trajet faire pivoter avec la main le demi-siège libre à côté de lui, si bien qu’il n’aurait plus de protection contre les chutes de ce côté. Sans compter que l’on a aujourd’hui du mal à imaginer un trajet de 17 minutes skis aux pieds… sans repose-pieds.

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

Télésiège biplace Bad Kohlgrub – Hörnle

Altitude gare aval940 m
Altitude gare amont1.395 m
Longueur selon la pente1.998 m
Dénivelée455 m
Nombre de pylônes20
Diamètre du câble porter-tracteur26 mm
Motricestation aval
Puissance motrice103 kW
Tension du câble porter-tracteurstation aval
Contrepoids2 x 6,5 t
Nombre de sièges (hiver/été)100 / 80
Vitesse (hiver/été)2,0 m/s / 1,6 m/s
Cadence de présentation des sièges (hiver/été)18 s / 30 s
Durée du trajet (hiver/été)17 min / 21 min
Débit (hiver/été)400 P/h / 240 P/h
Constructeur, annéeSTB Munich, 1953
Fabricant du câble porteur-tracteurJos. Schweiger's Witwe
CommandesC. Woerle & Sohn, Bayreuth

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