Economie

Nouvelles énergies propres

Un système autonome de production d’énergie verte à base de solaire etd’hydrogène arrive dans les Alpes.

Le salon Alpipro 2015 qui s’est tenu à Chambéry les 23 et 24 avril dernier a réuni les acteurs techniques et touristiques de la montagne autour d’une thématique clé : la transition énergétique. L’énergie est devenue un enjeu pluriel : environnemental, politique et économique. Les entreprises doivent s’équiper de solutions fiables et pérennes pour sécuriser leurs exploitations, et en maîtriser parfaitement les coûts à moyen et long termes.

En matière d’énergie, les Elus, les responsables d’installations touristiques ou de loisirs, sont à la croisée des chemins entre leurs besoins techniques concrets et des réflexions d’ensemble qui mobilisent les Pouvoirs publics sur des temps plus longs. Alpipro avait par exemple lieu quasi simultanément avec l’examen du projet de Loi relatif à la « transition énergétique pour la croissance verte », texte examiné de nouveau par l’Assemblée Nationale du 19 au 26 mai ; les suites du calendrier et des contraintes de ce texte ne sont pas toujours claires pour qui doit planifier ses prochains investissements.

Dans ce contexte très changeant, le salon a présenté plusieurs sociétés innovantes, dont Powidian. Petit nouveau dans la montagne française, Powidian fait état d’un savoir-faire construit depuis 2009 dans les secteurs de l’aéronautique et de la défense : il se fonde sur un essaimage de technologies développées dans le Groupe Airbus (Cassidian), qui ont donné naissance à une solution baptisée SAGES (Station Autonome de Gestion d’Energie de Secours). Sortie à présent d’Airbus et gérée par Powidian, cette technologie s’appuie sur 10 ans et presque 10 millions d’euros de recherches et développement. Fondée fin 2013, la société réunit 9 collaborateurs à Elancourt (Yvelines), plus un réseau de partenaires techniques et commerciaux. Elle se positionne comme « le spécialiste des stations d’énergies vertes et intelligentes ».

Powidian a remporté l’appel d’offres sur le renouvellement de l’alimentation en énergie du refuge du Palet dans le Parc de la Vanoise ; les randonneurs bénéficieront dès le mois de juin 2015 d’une électricité d’origine 100% renouvelable, quelles que soient les conditions météo, grâce au stockage d’énergie par hydrogène : Powidian fournit une station SAGES complète incluant des panneaux photovoltaïques, reliés à un convertisseur qui assure la charge de batteries lithium-ion de haute technologie pour la consommation quotidienne d’énergie, et par ailleurs une baie de production et de conversion d’hydrogène pour le stockage d’énergie à long terme. Ce second dispositif réunit notamment un électrolyseur de 500 N/l et une pile à combustible de 2,5 kW. Les équipements hydrogènes seront installés dans un petit chalet en bois et métal de 9 m2, conçu pour assurer une exploitation optimale par tous les temps (ventilation, régulation thermique via un système solaire de stockage de chaleur). Le tout se supervise à distance via GSM : prévention des opérations de maintenance, activation/désactivation du système si besoin… Le refuge n’étant pas occupé en permanence, il faut pouvoir assurer le contrôle de fonctionnement sans suivi visuel par un gardien, et en cas d’intervention physique, le personnel doit pouvoir intervenir sur place en toute sécurité.

Ce chantier est un challenge peutêtre moins technique que logistique et de gestion de projet. En effet, si le dispositif technologique est maîtrisé, les contraintes matérielles sont réelles : la livraison en juin a lieu alors qu’il peut y avoir encore de la neige, plusieurs corps de métiers et sociétés interviennent sur un délai d’un mois, il n’y pas de local sur place pour le stockage du matériel… La palettisation du matériel est donc organisée en Alsace, où est fabriqué le chalet, et l’acheminement est effectué au fur et à mesure en fonction de la météo. Des cuves légères en matériau composite ont été réalisées pour le système de stockage et de distribution d’hydrogène, et leurs caractéristiques techniques entrent directement dans la logique économique et organisationnelle du projet : le poids de l’installation d'ensemble est maîtrisé, et réduit le nombre de rotations d’hélicoptère pour amener le matériel sur place (16 rotations de 750 kg chacune) ; le coût global du chantier bénéficie directement de la qualité du pilotage du projet, de sa conception à sa réalisation.

Les énergies nouvelles en montagne font un grand bond en avant avec des dispositifs comme celui installé au Refuge du Palet, et les enjeux des gestionnaires de territoires de montagnes peuvent trouver un véritable intérêt stratégique et économique à de telles innovations ; la réduction des coûts d’exploitation est réelle (elle fait l’objet d’une modélisation fine comme préalable à toute conception de projet), et le choix de technologies « vertes » est en ligne avec les attentes tant des visiteurs de la montagne que des acheteurs.

Les projets impliquant des technologies avancées engagent cependant une vision d’ensemble (technique, logistique, financière, normative, exploitation…) et une logique de management contrôlé, notamment pour les questions de sécurité ; il faut donc envisager ces projets de manière collaborative : fournisseurs et maîtres d’oeuvre garants de la technologie et des projets, décideurs et coordinateurs locaux qui connaissent bien le terrain, tous ensemble. Ce n’est pas le moindre des défis à relever mais Bertrand Chapuis, Directeur des Ventes France de Powidian, qui n’en est pas à son galop d’essai en termes d’environnements clients complexes, est très confiant : la fiabilité technique est clé pour les acheteurs, mais ne suffit pas à convaincre tous les décideurs qui ont besoin de comprendre ce qu’ils envisagent d’acheter ; le savoirfaire « démontrable » de Powidian est une aide précieuse.

Une palette large d’applications (bornes de recharge de vélos électriques, alimentation en énergie autonome de cabines de téléphériques, déclenchement d’avalanches, surveillance d’infrastructures à distance, fourniture d’énergie temporaire en cas de coupure de ligne électrique classique...) avec des solutions modulaires (panneaux solaires souples, légers, déployables pour des installations ponctuelles, batteries lithium-ion calibrables en fonction des besoins, couplages entre installations classiques et solutions innovantes, fonctionnement au froid et au chaud (- 40°C jusqu’à +70°C), sans pollution, sans odeur, sans bruit, on serait presque dans un monde idéal !

Sur le site d'Elancourt est d’ailleurs installé un démonstrateur complet (éolien, solaire, hydrogène + système de monitoring - voir photo) qui permet de visualiser les combinaisons de matériels (ISR y est allé pour vous !) ; on peut y constater que les baies outdoor de conversion d’hydrogène et stockage d’énergie longue durée sont totalement protégées du vandalisme à l’aide de parois sans charnière ni
gond ni vis apparente. Certaines baies de ce type ont été installées dans les favellas du Brésil pendant la coupe du Monde de Football pour alimenter les solutions de communication des forces d’intervention spéciales… Avec un peu de chance, on pourrait avoir besoin d’un moindre niveau de sécurité dans les stations de montagne !
Patrick Buttard

Photo: P. Buttard

Economie

Nouvelles énergies propres

Un système autonome de production d’énergie verte à base de solaire etd’hydrogène arrive dans les Alpes.

Le salon Alpipro 2015 qui s’est tenu à Chambéry les 23 et 24 avril dernier a réuni les acteurs techniques et touristiques de la montagne autour d’une thématique clé : la transition énergétique. L’énergie est devenue un enjeu pluriel : environnemental, politique et économique. Les entreprises doivent s’équiper de solutions fiables et pérennes pour sécuriser leurs exploitations, et en maîtriser parfaitement les coûts à moyen et long termes.

En matière d’énergie, les Elus, les responsables d’installations touristiques ou de loisirs, sont à la croisée des chemins entre leurs besoins techniques concrets et des réflexions d’ensemble qui mobilisent les Pouvoirs publics sur des temps plus longs. Alpipro avait par exemple lieu quasi simultanément avec l’examen du projet de Loi relatif à la « transition énergétique pour la croissance verte », texte examiné de nouveau par l’Assemblée Nationale du 19 au 26 mai ; les suites du calendrier et des contraintes de ce texte ne sont pas toujours claires pour qui doit planifier ses prochains investissements.

Dans ce contexte très changeant, le salon a présenté plusieurs sociétés innovantes, dont Powidian. Petit nouveau dans la montagne française, Powidian fait état d’un savoir-faire construit depuis 2009 dans les secteurs de l’aéronautique et de la défense : il se fonde sur un essaimage de technologies développées dans le Groupe Airbus (Cassidian), qui ont donné naissance à une solution baptisée SAGES (Station Autonome de Gestion d’Energie de Secours). Sortie à présent d’Airbus et gérée par Powidian, cette technologie s’appuie sur 10 ans et presque 10 millions d’euros de recherches et développement. Fondée fin 2013, la société réunit 9 collaborateurs à Elancourt (Yvelines), plus un réseau de partenaires techniques et commerciaux. Elle se positionne comme « le spécialiste des stations d’énergies vertes et intelligentes ».

Powidian a remporté l’appel d’offres sur le renouvellement de l’alimentation en énergie du refuge du Palet dans le Parc de la Vanoise ; les randonneurs bénéficieront dès le mois de juin 2015 d’une électricité d’origine 100% renouvelable, quelles que soient les conditions météo, grâce au stockage d’énergie par hydrogène : Powidian fournit une station SAGES complète incluant des panneaux photovoltaïques, reliés à un convertisseur qui assure la charge de batteries lithium-ion de haute technologie pour la consommation quotidienne d’énergie, et par ailleurs une baie de production et de conversion d’hydrogène pour le stockage d’énergie à long terme. Ce second dispositif réunit notamment un électrolyseur de 500 N/l et une pile à combustible de 2,5 kW. Les équipements hydrogènes seront installés dans un petit chalet en bois et métal de 9 m2, conçu pour assurer une exploitation optimale par tous les temps (ventilation, régulation thermique via un système solaire de stockage de chaleur). Le tout se supervise à distance via GSM : prévention des opérations de maintenance, activation/désactivation du système si besoin… Le refuge n’étant pas occupé en permanence, il faut pouvoir assurer le contrôle de fonctionnement sans suivi visuel par un gardien, et en cas d’intervention physique, le personnel doit pouvoir intervenir sur place en toute sécurité.

Ce chantier est un challenge peutêtre moins technique que logistique et de gestion de projet. En effet, si le dispositif technologique est maîtrisé, les contraintes matérielles sont réelles : la livraison en juin a lieu alors qu’il peut y avoir encore de la neige, plusieurs corps de métiers et sociétés interviennent sur un délai d’un mois, il n’y pas de local sur place pour le stockage du matériel… La palettisation du matériel est donc organisée en Alsace, où est fabriqué le chalet, et l’acheminement est effectué au fur et à mesure en fonction de la météo. Des cuves légères en matériau composite ont été réalisées pour le système de stockage et de distribution d’hydrogène, et leurs caractéristiques techniques entrent directement dans la logique économique et organisationnelle du projet : le poids de l’installation d'ensemble est maîtrisé, et réduit le nombre de rotations d’hélicoptère pour amener le matériel sur place (16 rotations de 750 kg chacune) ; le coût global du chantier bénéficie directement de la qualité du pilotage du projet, de sa conception à sa réalisation.

Les énergies nouvelles en montagne font un grand bond en avant avec des dispositifs comme celui installé au Refuge du Palet, et les enjeux des gestionnaires de territoires de montagnes peuvent trouver un véritable intérêt stratégique et économique à de telles innovations ; la réduction des coûts d’exploitation est réelle (elle fait l’objet d’une modélisation fine comme préalable à toute conception de projet), et le choix de technologies « vertes » est en ligne avec les attentes tant des visiteurs de la montagne que des acheteurs.

Les projets impliquant des technologies avancées engagent cependant une vision d’ensemble (technique, logistique, financière, normative, exploitation…) et une logique de management contrôlé, notamment pour les questions de sécurité ; il faut donc envisager ces projets de manière collaborative : fournisseurs et maîtres d’oeuvre garants de la technologie et des projets, décideurs et coordinateurs locaux qui connaissent bien le terrain, tous ensemble. Ce n’est pas le moindre des défis à relever mais Bertrand Chapuis, Directeur des Ventes France de Powidian, qui n’en est pas à son galop d’essai en termes d’environnements clients complexes, est très confiant : la fiabilité technique est clé pour les acheteurs, mais ne suffit pas à convaincre tous les décideurs qui ont besoin de comprendre ce qu’ils envisagent d’acheter ; le savoirfaire « démontrable » de Powidian est une aide précieuse.

Une palette large d’applications (bornes de recharge de vélos électriques, alimentation en énergie autonome de cabines de téléphériques, déclenchement d’avalanches, surveillance d’infrastructures à distance, fourniture d’énergie temporaire en cas de coupure de ligne électrique classique...) avec des solutions modulaires (panneaux solaires souples, légers, déployables pour des installations ponctuelles, batteries lithium-ion calibrables en fonction des besoins, couplages entre installations classiques et solutions innovantes, fonctionnement au froid et au chaud (- 40°C jusqu’à +70°C), sans pollution, sans odeur, sans bruit, on serait presque dans un monde idéal !

Sur le site d'Elancourt est d’ailleurs installé un démonstrateur complet (éolien, solaire, hydrogène + système de monitoring - voir photo) qui permet de visualiser les combinaisons de matériels (ISR y est allé pour vous !) ; on peut y constater que les baies outdoor de conversion d’hydrogène et stockage d’énergie longue durée sont totalement protégées du vandalisme à l’aide de parois sans charnière ni
gond ni vis apparente. Certaines baies de ce type ont été installées dans les favellas du Brésil pendant la coupe du Monde de Football pour alimenter les solutions de communication des forces d’intervention spéciales… Avec un peu de chance, on pourrait avoir besoin d’un moindre niveau de sécurité dans les stations de montagne !
Patrick Buttard

Photo: P. Buttard

Abonnement & Information media