Photo: P. Buttard
Economie

Mountain Debrief Eté, 1ère édition, 1er succès

Organisée les 27 et 28 août derniers, cette nouvelle rencontre a réuni 120 professionnels de la montagne à Châtel (Haute-Savoie) pour faire un point précis sur les enjeux de la saison d’été et l’évolution des attentes des visiteurs.

Souvent les acteurs économiques de la montagne française ont plus de facilité à parler de leur saison d’hiver, plus visible, plus connue du grand public, et représentant la plus grosse part de leur chiffre d’affaires, que de la saison d’été, hétérogène selon les massifs, parfois difficile à organiser et à rentabiliser. Michel Giraudy, Maire de Bourg Saint-Maurice, prend le contrepied de cette discrétion vis-à-vis de l’été et ouvre la rencontre de manière très offensive : « il faut arrêter de se plaindre de l’été », et constater objectivement que certains font de très belles saisons estivales, avec des hébergements pleins, des touristes heureux, et une offre de services qui progresse en s’adaptant de mieux en mieux aux attentes des visiteurs. Dans le Vercors, la saison d’été peut représenter jusqu’à 40% du chiffre d’affaires annuel des stations, idem dans les Vosges ; il est donc possible d’envisager l’été positivement en montagne, et il est urgent de valoriser ce potentiel.

La question des volumes

Gérard Octroy, de Rhône-Alpes Tourisme, présente les résultats de la dernière enquête réalisée par l’Observatoire Régional du Tourisme dont il est responsable : 74% des professionnels de la montagne se déclarent satisfaits ou très satisfaits du déroulement de la saison d’été 2015 soit 20 points de plus que pour la saison 2014. Même s’il est risqué d’avancer des chiffres précis alors que le mois d’août n’était pas terminé, les opérateurs économiques interrogés signalaient dans l’étude une augmentation de la fréquentation par rapport à la saison précédente, une plus forte présence des clients étrangers et une durée de séjours de 5,6 jours (1 jour de plus en montagne que sur l’ensemble de la région Rhône-Alpes). Carole Raphoz, responsable de l’Observatoire Savoie Mont-Blanc, modère le propos en rappelant que certes la saison 2015 (autour de 22 millions de nuitées) aura probablement été meilleure que celle de 2014, mais qu’elle n’aura pas pour autant permis de retrouver les bons chiffres du début des années 2000 (24/25 millions de nuitées). Le débat sur les volumes reste donc au c?ur de la réflexion.

Une offre large à rendre accessible

La montagne française redouble d’efforts pour travailler son attractivité estivale : à Châtel, un centre aquatique permet dorénavant à la station de proposer une offre confortable aux touristes quand la météo est capricieuse. A Autrans, le tout nouveau « Vercors Music Festival » a été lancé en 2015 et selon son Maire Thierry Gamot, a dès sa 1ère année très bien fonctionné ; Martine Buissard, Directrice de la FACIM (Fondation d’action culturelle internationale en montagne) énonce aussi des chiffres qui sont une bonne base de travail pour les acteurs du tourisme : 100000 visiteurs sur les 200 sites de patrimoine valorisés en montagne, 40000 visiteurs libres et 8000 visites guidées sur 4 vallées pour le parcours culturel des « Chemins du Baroque ». Josette-Elise Tatin, Présidente du Festival Baroque de Tarentaise (14 concerts, 101 artistes qui se produisent dans des lieux inédits), rappelle aussi que 53% des visiteurs du festival viennent d’en-dehors de Rhône-Alpes, et qu’ils viennent d’abord pour la musique, puis reviennent pour le patrimoine. Savoie Mont-Blanc indique plus classiquement que ses clients viennent à 56% pour la randonnée pédestre, 27% pour le vélo, 13% pour l’alpinisme, les via ferrata ou l’escalade… Ces observations illustrent si besoin la très grande diversité des attentes client et l’exigence de travailler une offre large, audacieuse, et accessible. Le développement de la pratique du VTT classique et du vélo à assistance électrique (VAE), objet d’une table-ronde très animée, pose question aux stations : comment attirer et fidéliser en montagne un public de sportifs, mais aussi de personnes ayant moins envie de sport, de vitesse et de prise de risques, et davantage besoin de sécurité, de tranquillité, d’activités de loisirs…

Une économie fragile

La diversité des profils de visiteurs exige une réflexion d’ensemble à la fois marketing (gestion de l’offre de services), d’aménagement du territoire (sentiers « balcons », parcours guidés et sécurisés, intégration des massifs dans des itinéraires vélo de type Via Vercors ou ViaRhôna, etc.), et financière (investissements, rentabilité globale). Et c’est là que la discussion se crispe ; Rhône-Alpes Tourisme mesure que les hébergements non marchands représentent environ 60% des hébergements en montagne l’été. Avec un panier moyen de 48€/jour hors hébergement et transport, les visiteurs estivaux ne sont pas nécessairement la garantie d’une économie florissante. Brice Blancard, responsable Rhône-Alpes de la FPS (Fédération professionnelle des entreprises du sport) souligne une saison d’été très contrastée pour le commerce de sport en montagne : 45% des entreprises voient leur activité 2015 en recul par rapport à 2014. Le VTT notamment crée du trafic et de l’animation dans les magasins mais peine à trouver sa rentabilité : le coût d’achat des vélos reste élevé, le coût d’entretien colossal, pour une durée de vie faible et un marché de la revente qui se tasse. Benoit Tavernier (Intersport Les Gets-Morzine-Avoriaz) compare cette équation difficile à celle de la location de skis telle qu’elle existait avant que les stations n’investissent massivement dans les travaux de piste et la neige de culture, permettant au matériel de rentrer au magasin en bon état en fin de journée. Serge Riveill (Domaines Skiables de France) précise aussi que sur les 1000 téléportés existants en France, seuls 15% transportent des VTT l’été, le modèle économique n’étant pas encore clair pour les exploitants. Julien Rebuffet, Moniteurs Cyclistes Français, signale que de manière générale, les stations qui jouent depuis plusieurs années la carte du VTT s'en tirent beaucoup mieux que les autres. Aux 2 Alpes, 90000€ d’investissements en pistes sont effectués chaque année, le forfait de remontées mécaniques « ski » est utilisable aussi pour faire du VTT, et sur les 116000 personnes transportées l’été dans la station, 30% le sont pour le VTT. Darco Cazin, Allegra Tourism, souligne qu’aux Vignaux en Italie, la station réalisait 10% de ses nuitées annuelles l’été il y a 10 ans, et que grâce au VTT, cette part est à présent passée à 30%. Juste rémunération sans doute d’efforts commerciaux nombreux et d’investissements réguliers.

Un des autres sujets abordés a été la pratique du trail, avec des chiffres qui montrent là encore que dans cette économie fragile, des bulles de succès existent : Eric le Pallemec, organisateur du Trail des Passerelles du Monteynard (Isère) accueille 3116 participants sur deux jours, et mesure 250000€ de retombées économiques directes ; 6% des participants sont restés plus de trois nuitées à l’occasion de l’événement. Chacun est venu avec 3,7 accompagnants en moyenne, et a dépensé 181€ par séjour dont 70€ sur l’hébergement. Au départ, dans la plupart des massifs le trail était une animation, puis est devenu un évènement, et on peut considérer qu’il représente maintenant une activité touristique à part entière. C’est une activité tout à l'inverse de l’idée de montagne sans effort évoquée plus haut, mais elle touche toutes les catégories de population. Il y a 10 millions de « runners » en France ; pour peu que les montagnards sachent leur proposer des parcours originaux, des cadres idylliques, un accueil de bon niveau, des applications mobiles efficaces et ludiques (cf. appli Mhikes par exemple), un potentiel existe pour les acteurs les plus engagés. De plus, comme le dit Brice Blancard, l’été est une saison indispensable pour fidéliser les meilleurs collaborateurs de l’hiver, couvrir les charges et soutenir la dynamique « station » ; il y a donc l’économie, l’emploi, et l’image de la montagne qui sont en jeu autour de cette thématique été. Nous attendons avec impatience l’édition 2 du Mountain Debrief pour poursuivre la réflexion.

Patrick Buttard


Photo: P. Buttard
Economie

Mountain Debrief Eté, 1ère édition, 1er succès

Organisée les 27 et 28 août derniers, cette nouvelle rencontre a réuni 120 professionnels de la montagne à Châtel (Haute-Savoie) pour faire un point précis sur les enjeux de la saison d’été et l’évolution des attentes des visiteurs.

Souvent les acteurs économiques de la montagne française ont plus de facilité à parler de leur saison d’hiver, plus visible, plus connue du grand public, et représentant la plus grosse part de leur chiffre d’affaires, que de la saison d’été, hétérogène selon les massifs, parfois difficile à organiser et à rentabiliser. Michel Giraudy, Maire de Bourg Saint-Maurice, prend le contrepied de cette discrétion vis-à-vis de l’été et ouvre la rencontre de manière très offensive : « il faut arrêter de se plaindre de l’été », et constater objectivement que certains font de très belles saisons estivales, avec des hébergements pleins, des touristes heureux, et une offre de services qui progresse en s’adaptant de mieux en mieux aux attentes des visiteurs. Dans le Vercors, la saison d’été peut représenter jusqu’à 40% du chiffre d’affaires annuel des stations, idem dans les Vosges ; il est donc possible d’envisager l’été positivement en montagne, et il est urgent de valoriser ce potentiel.

La question des volumes

Gérard Octroy, de Rhône-Alpes Tourisme, présente les résultats de la dernière enquête réalisée par l’Observatoire Régional du Tourisme dont il est responsable : 74% des professionnels de la montagne se déclarent satisfaits ou très satisfaits du déroulement de la saison d’été 2015 soit 20 points de plus que pour la saison 2014. Même s’il est risqué d’avancer des chiffres précis alors que le mois d’août n’était pas terminé, les opérateurs économiques interrogés signalaient dans l’étude une augmentation de la fréquentation par rapport à la saison précédente, une plus forte présence des clients étrangers et une durée de séjours de 5,6 jours (1 jour de plus en montagne que sur l’ensemble de la région Rhône-Alpes). Carole Raphoz, responsable de l’Observatoire Savoie Mont-Blanc, modère le propos en rappelant que certes la saison 2015 (autour de 22 millions de nuitées) aura probablement été meilleure que celle de 2014, mais qu’elle n’aura pas pour autant permis de retrouver les bons chiffres du début des années 2000 (24/25 millions de nuitées). Le débat sur les volumes reste donc au c?ur de la réflexion.

Une offre large à rendre accessible

La montagne française redouble d’efforts pour travailler son attractivité estivale : à Châtel, un centre aquatique permet dorénavant à la station de proposer une offre confortable aux touristes quand la météo est capricieuse. A Autrans, le tout nouveau « Vercors Music Festival » a été lancé en 2015 et selon son Maire Thierry Gamot, a dès sa 1ère année très bien fonctionné ; Martine Buissard, Directrice de la FACIM (Fondation d’action culturelle internationale en montagne) énonce aussi des chiffres qui sont une bonne base de travail pour les acteurs du tourisme : 100000 visiteurs sur les 200 sites de patrimoine valorisés en montagne, 40000 visiteurs libres et 8000 visites guidées sur 4 vallées pour le parcours culturel des « Chemins du Baroque ». Josette-Elise Tatin, Présidente du Festival Baroque de Tarentaise (14 concerts, 101 artistes qui se produisent dans des lieux inédits), rappelle aussi que 53% des visiteurs du festival viennent d’en-dehors de Rhône-Alpes, et qu’ils viennent d’abord pour la musique, puis reviennent pour le patrimoine. Savoie Mont-Blanc indique plus classiquement que ses clients viennent à 56% pour la randonnée pédestre, 27% pour le vélo, 13% pour l’alpinisme, les via ferrata ou l’escalade… Ces observations illustrent si besoin la très grande diversité des attentes client et l’exigence de travailler une offre large, audacieuse, et accessible. Le développement de la pratique du VTT classique et du vélo à assistance électrique (VAE), objet d’une table-ronde très animée, pose question aux stations : comment attirer et fidéliser en montagne un public de sportifs, mais aussi de personnes ayant moins envie de sport, de vitesse et de prise de risques, et davantage besoin de sécurité, de tranquillité, d’activités de loisirs…

Une économie fragile

La diversité des profils de visiteurs exige une réflexion d’ensemble à la fois marketing (gestion de l’offre de services), d’aménagement du territoire (sentiers « balcons », parcours guidés et sécurisés, intégration des massifs dans des itinéraires vélo de type Via Vercors ou ViaRhôna, etc.), et financière (investissements, rentabilité globale). Et c’est là que la discussion se crispe ; Rhône-Alpes Tourisme mesure que les hébergements non marchands représentent environ 60% des hébergements en montagne l’été. Avec un panier moyen de 48€/jour hors hébergement et transport, les visiteurs estivaux ne sont pas nécessairement la garantie d’une économie florissante. Brice Blancard, responsable Rhône-Alpes de la FPS (Fédération professionnelle des entreprises du sport) souligne une saison d’été très contrastée pour le commerce de sport en montagne : 45% des entreprises voient leur activité 2015 en recul par rapport à 2014. Le VTT notamment crée du trafic et de l’animation dans les magasins mais peine à trouver sa rentabilité : le coût d’achat des vélos reste élevé, le coût d’entretien colossal, pour une durée de vie faible et un marché de la revente qui se tasse. Benoit Tavernier (Intersport Les Gets-Morzine-Avoriaz) compare cette équation difficile à celle de la location de skis telle qu’elle existait avant que les stations n’investissent massivement dans les travaux de piste et la neige de culture, permettant au matériel de rentrer au magasin en bon état en fin de journée. Serge Riveill (Domaines Skiables de France) précise aussi que sur les 1000 téléportés existants en France, seuls 15% transportent des VTT l’été, le modèle économique n’étant pas encore clair pour les exploitants. Julien Rebuffet, Moniteurs Cyclistes Français, signale que de manière générale, les stations qui jouent depuis plusieurs années la carte du VTT s'en tirent beaucoup mieux que les autres. Aux 2 Alpes, 90000€ d’investissements en pistes sont effectués chaque année, le forfait de remontées mécaniques « ski » est utilisable aussi pour faire du VTT, et sur les 116000 personnes transportées l’été dans la station, 30% le sont pour le VTT. Darco Cazin, Allegra Tourism, souligne qu’aux Vignaux en Italie, la station réalisait 10% de ses nuitées annuelles l’été il y a 10 ans, et que grâce au VTT, cette part est à présent passée à 30%. Juste rémunération sans doute d’efforts commerciaux nombreux et d’investissements réguliers.

Un des autres sujets abordés a été la pratique du trail, avec des chiffres qui montrent là encore que dans cette économie fragile, des bulles de succès existent : Eric le Pallemec, organisateur du Trail des Passerelles du Monteynard (Isère) accueille 3116 participants sur deux jours, et mesure 250000€ de retombées économiques directes ; 6% des participants sont restés plus de trois nuitées à l’occasion de l’événement. Chacun est venu avec 3,7 accompagnants en moyenne, et a dépensé 181€ par séjour dont 70€ sur l’hébergement. Au départ, dans la plupart des massifs le trail était une animation, puis est devenu un évènement, et on peut considérer qu’il représente maintenant une activité touristique à part entière. C’est une activité tout à l'inverse de l’idée de montagne sans effort évoquée plus haut, mais elle touche toutes les catégories de population. Il y a 10 millions de « runners » en France ; pour peu que les montagnards sachent leur proposer des parcours originaux, des cadres idylliques, un accueil de bon niveau, des applications mobiles efficaces et ludiques (cf. appli Mhikes par exemple), un potentiel existe pour les acteurs les plus engagés. De plus, comme le dit Brice Blancard, l’été est une saison indispensable pour fidéliser les meilleurs collaborateurs de l’hiver, couvrir les charges et soutenir la dynamique « station » ; il y a donc l’économie, l’emploi, et l’image de la montagne qui sont en jeu autour de cette thématique été. Nous attendons avec impatience l’édition 2 du Mountain Debrief pour poursuivre la réflexion.

Patrick Buttard

Abonnement & Information media